samedi 15 août 2015

La Fausse Maîtresse (1942)

Image


La Fausse Maîtresse (1942) d'André Cayatte (officiellement en tous cas!), d'après un conte d'Honoré de Balzac.

Un rugbyman invente une fausse aventure avec une trapéziste de cirque pour cacher au monde son véritable amour et détourner les soupçons de son meilleur ami, dont il courtise la femme depuis un moment. Évidemment, la trapéziste en question rejette ses vraies-fausses avances, ce qui est propice à des situations de comédie face aux amis du jeune homme.

Le scénario est tarabiscoté et l'on a beaucoup de mal à croire en une Danielle Darrieux acrobate de cirque, surtout lorsqu'elle fait un grand numéro en haut du chapiteau accrochée par les pieds à une corde.
En outre, Darrieux pousse la chansonnette lors de la même représentation. Cette fois, je pense que c'est elle qui chante (une chanson d'amour à la Rina Ketty, "Les fleurs sont des mots d'amour" pour laquelle un vinyle sortira, avec la mention "Créé par Danielle Darrieux, sur disque Odéon par Marie José).
Le problème du film en fait c'est qu'on ne la voit pas assez. Le film aurait sérieusement gagné à avoir une intrigue resserrée autour des deux-trois personnages principaux. Là, il y a presque trop de personnages secondaires. On s'ennuie quelque-peu, à l'exception des quelques scènes de confrontation/séduction entre l'actrice (toujours aussi gaie et piquante) et son partenaire masculin, Bernard Lancret. Et encore celui-ci n'est pas à la hauteur du talent de sa partenaire et s'avère bien fade. Darrieux sauve tout le film du naufrage et survole la production. Elle bénéficie, il faut le dire, de quelques bonnes répliques.
Dommage car l'argument était propice à une comédie de boulevard réussie. Peut-être que Cayatte n'était pas le meilleur choix pour ce type de film. En tous cas, il n'était visiblement pas assez conscient du joyau qu'il avait à sa disposition.

J'ai noté une réplique du film qui m'a marquée, tenue par un personnage de vieux schnock :
"La génération actuelle est trop prosternée devant la femme. De mon temps, l'homme décidait sans demander la permission"
Dans un film d'après guerre, cette réplique aurait été clairement moqueuse envers le personnage qui la tient. En plein régime de Vichy, on ne sait qu'en penser..

Image

lundi 10 août 2015

Films noirs, sans domicile fixe : Boys Town (1938)

Image



Boys Town (1938)


Réalisation : Norman Taurog
Avec: Spencer Tracy, Mickey Rooney, Henry Hull

Boys Town Gang

Après Les aventures de Tom Sawyer, Norman Taurog s'attaquait à la jeunesse délinquante avec Des hommes sont nés (Boys Town) puis Men of Boys Town avec Mickey Rooney et Spencer Tracy. Le film dramatise et exalte l'action du père Edward J. Flanagan (décédé en 1948), qui fonda dans les années 1920 un village autogéré pour les enfants abandonnés du Nebraska. Le film garde une excellente réputation aux États-Unis bien qu'on puisse légitimement le trouver sur-côté en raison de son sentimentalisme débordant. Bien que sa réalisation soit soignée, Norman Taurog use et abuse en effet des violons et de répliques larmoyantes ("Vous aviez dit que si on était gentils, tout le monde nous aiderait."). Cela en irritera plus d'un allergique aux bons sentiments typiquement américains.. Il parait que c'était l'un des films favoris de Louis B. Mayer. :lol:

Si Mickey Rooney est insupportable (on a régulièrement l'impression qu'il parodie James Cagney), en revanche Tracy est absolument parfait. Il gagna son second Oscar pour son incarnation sincère et humaine du père Edward J. Flanagan (à qui il rendit d'ailleurs hommage). Il est l'image idéale de l'homme d'église bon, humble et bienveillant (tout l'opposé, par exemple, de l'évêque de Fanny et Alexandre).
Durant toute sa carrière, Tracy fut prêtre à quatre reprises! La première fois, ce fut en 1936 dans le rôle du prêtre Tim Mullin, l'ami d'enfance de Blackie Norton alias Clark Gable dans San Francisco de Woody Van Dyke, puis Edward J. Flanagan dans Boys Town (1938) et sa suite Men of Boys Town (1941), et enfin Matthew Doonan dans The Devil at 4 O’Clock de Mervyn LeRoy, en 1961. Pourtant, il ne fut jamais à l'aise à l'idée d'incarner ce type de rôle, craignant de ne pas être pris aux suffisamment au sérieux par les catholiques. Il se devait d'être totalement convaincant.
Dans la biographie de l'acteur, il est dit que Flanagan écrivit lui-même à Spencer Tracy quand il apprit qu'il avait accepté de jouer son rôle : "Your name is written in gold in the heart of every homeless boy in Boys Town because of the anticipated picture you are going to make for us, and everybody here — and all of our alumni — are talking about you, thinking about you, and praying for you every day."

Tout compte fait, je laisse ce texte ici mais le film flirte tout juste avec le film criminel. On est très loin d'un Angels with Dirty Faces auquel je m'attendais et que j'aurai mieux fait de me repasser à la place..
Vous l'aurez compris, vous qui aimez le film noir, passez votre chemin.

Image

Image
Image

samedi 8 août 2015

Films noirs, sans domicile fixe : Le Faucon au Mexique (1946) et autres Faucons

Image



Le Faucon au Mexique (1946) et autres Faucons


Réalisation : William Berke
Avec Tom Conway, Mona Maris, Martha Vickers


"The Falcon" est un serial des années 40, dans la lignée de ces films populaires produits dès le milieu des années 30 et mettant en scène des détectives amateurs dans des enquêtes plus ou moins légères. La finalité était la résolution d'un crime, d'un vol ou d'une mystérieuse énigme, en compagnie de jolies femmes parfois fatales (Barbara Hale, Martha Vickers, etc) et d'un partenaire/sidekick (Allen Jenkins, notamment). En vulgarisant, c'était un peu l'équivalent de nos séries télévisées des années 60/70, de Colombo à Chapeau melon et bottes de cuir.
Des films de détective comme ont pu l'être par exemple la série des Thin Man, mais malheureusement -pour ce que j'en ai vu- dénué de l'humour et du charme prodigués par William Powell et Myrna Loy (et Asta).
Je pense également au Saint dont le faucon fut d'ailleurs un moment accusé de plagiat. C'est d'ailleurs Georges Sanders qui démarra, à l'initiative de la RKO, la série des faucons en 1941, un an tout juste après la création du personnage de Gay Lawrence alias Le faucon par l'auteur Michael Arlen, et la publication de sa première aventure dans le magazine Town & Country. Le même Georges Sanders qui, quelques mois auparavant, était encore Simon Templar alias Le Saint (dans The Saint in Palm Springs, sa dernière incarnation).

Quatre films du faucon pour Georges Sanders, Le Faucon gentleman détective (1941), Le Faucon mène l'enquête/The Gay Falcon (1942) et Le Retour du Faucon (1942), avant de passer la main dans La Relève du Faucon (1942), sans doute lassé par ce genre de rôle sans grand intérêt. Le faucon, Gay Lawrence, est alors remplacé par son frère, Tom Lawrence, et ..Georges Sanders aussi.
Pour celui qui n'est pas au courant, effectivement, Tom Conway qui reprend le rôle du faucon dès 1942, a une voix qui intrigue, on dirait vaguement Georges Sanders, avec néanmoins un ton plus neutre, moins aristocratique/suffisant..anglais. Tom Conway était le propre frère de Georges Sanders.

Tom Conway sera le faucon dans neuf films supplémentaires. C'est un acteur qui fait le job, sans plus. Un acteur solide mais qui n'avait pas le charisme de son frère.

Image



Dans Le Faucon au Mexique, Tom Lawrence, le Faucon, rencontre par hasard Dolores Ybarra, une mystérieuse jeune femme qui lui demande de l'aider à récupérer une peinture soi-disant volée. Dans la galerie d'art, deux révélations attendent le Faucon : le propriétaire de la galerie est mort, et le modèle du tableau - réalisé par un peintre disparu depuis 15 ans - n'est autre que l'étrange jeune fille. Une drôle d'enquête commence qui conduira le Faucon jusqu'au Mexique.

L'intrigue se passe donc, comme son titre l'indique, principalement au Mexique. C'est assez pitoresque et souvent à la limite du condescendant yankee (cf. le personnage du vrai-faux chauffeur de taxi bien serviable et avec fort accent, qui s’avérera en fait être un membre de la police local). Il est dit que des plans ont été récupérés de "It's All True" d'Orson Welles.

Pour ma part, l'un des intérêts majeurs du Faucon au Mexique (1944), je dois bien l'avouer, est la présence au casting de Martha Vickers, qui apparaît ici au générique sous son vrai nom Martha McVicar. Elle joue la fille du peintre qui croit avoir des visions de son père lors de rêves nocturnes.
C'est deux ans avant son apparition la plus célèbre, en allumeuse aux bras d'Humphrey Bogart, dans Le grand sommeil. Martha Vickers était une starlette qui avait commencé comme top model et à qui David O. Selznick fit signer un contrat. Mais sa carrière n'a jamais explosé, bizarrement. Elle avait tout pour devenir une star pourtant, mais elle ne réussit jamais à sortir du lot et à passer à des rôles de premier plan.

vendredi 17 juillet 2015

Nobody Lives Forever (1946, Jean NEGULESCO)

ImageImage
ImageImage
ImageImage
ImageImage



Nobody Lives Forever (1946)


Réalisation : Jean NEGULESCO
Avec : John Garfield, Geraldine Fitzgerald (Gladys Halvorsen), Walter Brennan (Pop Gruber), Faye Emerson, George Coulouris (Doc Ganson), George Tobias (Al Doyle)

Breaking Good
On retrouve une nouvelle fois ici le personnage bien connu dans les film de l'immédiat après-guerre du vétéran de la seconde guerre mondiale qui revient chez lui et essaye tant bien que mal de reprendre sa vie d'avant et de s'acclimater aux nouvelles donnes.
Mais pour Nick Blake (John Garfield), la vie d'avant est celle d'un escroc. Un escroc renommé de surcroît, ancien gamin des quartiers pauvres de New-York, qui était arrivé au sommet de son "art" lorsque la guerre arriva.

L'originalité de l'histoire c'est que la guerre n'a pas endommagé psychologiquement le personnage joué par John Garfield (à l'instar de John Payne, amnésique dans THE CROOKED WAY, par exemple), elle l'a rendu plus scrupuleux, las et désireux de mener une vie normale.
Plus scrupuleux mais pas couillon non plus. Lorsqu'il arrive chez son ancienne copine (Faye Emerson, chanteuse qui semble être à la tête d'un night club à succès) pour récupérer l'argent qu'il lui avait confié avant son départ, celle-ci lui annonce qu'elle a tout perdu dans un mauvais placement et que le club qu'elle co-dirige ne lui appartient pas. Elle n'est (soit disant) que la représentante du patron (Robert Shayne), qui s'avère être en fait son nouveau jules. Nick ne se laisse pas faire et récupère son argent par la force.

John Garfield n'est pas James Cagney, et on pourra le trouver un peu tendre dans ce rôle de voyou. Cela ne l'empêche pas de corriger son ex juste après lui avoir roulé un patin. Cagney serait passé directement aux mandales, c'est là toute la différence.

Dégoûté, il part avec son pote Al (excellent George Tobias, vu dans Nous avons gagné ce soir, Rawhide, etc) pour Los Angeles où ils retrouvent un vieil ami, Pop Gruber (incarné par Walter Brennan), autre petit escroc des quartiers, qui survit en faisant les poches des poivrots. Mais Nick, dont la réputation d'escroc de grand talent et de Casanova n'est plus à faire, est immédiatement repéré par une bande locale dont le caïd, Doc Ganson (George Coulouris), est au creux de la vague et souhaite se refaire au plus vite en plumant "un pigeon". Il lui manque pour cela une mise de fond et une gueule avenante. A contre cœur, il demande à Pop de le mettre en relation avec Nick/Garfield pour lui proposer le coup : il s'agit d'arnaquer une jeune et riche veuve (Géraldine Fitzgerald) en lui vendant des actions fictives. Bien que d'abord très réticent à reprendre les affaires, Nick se laisse finalement convaincre.

Le hic c'est que Nick ne va pas tarder à tomber amoureux de la belle veuve, ce qui le met irrémédiablement en porte à faux vis à vis de ses associés qui attendent leur part du deal (30% durement négociés).
On ne sait trop comment mais l'ex de Nick (Faye Emerson) débarque à son tour et ne tarde pas à monter ses associés contre Nick pour se venger.

La guerre a tout changé. Nick le truand ne peut vivre éternellement...


Image



Malgré une ou deux facilités (comme le retour inexpliqué d'Emerson), c'est un très bon script auquel le spectateur a droit. Il est signé du grand W.R. Burnett, écrivain à succès du roman noir (Little Caesar, Quand la ville dort, High Sierra) et scénariste, qui a travaillé notamment pour Huston, Walsh, Wellman (La ville abandonnée, High Sierra, La grande évasion, etc).
Burnett affirmait avoir forgé son style grâce à la lecture assidue des auteurs français : Honoré de Balzac, Prosper Mérimée, Gustave Flaubert, Guy de Maupassant.

La photographie est signée Arthur Edeson, responsable en autres de celle du Faucon maltais ou de Casablanca. On retrouve d'ailleurs la même ambiance (très) brumeuse de l'épilogue de Casablanca. Le soucis c'est que cette photo passe mal dans l'état actuel de la copie assez délavée diffusée sur TCM. Au point qu'on distingue tout juste les personnages dans certains passages filmés dans le brouillard.

Un mot sur le casting qui est excellent, à commencer par Geraldine Fitzgerald (la veuve énamourée). Une femme très gracieuse, fragile et sensible, un peu naïve (mais jamais cruche). L'opposé de la femme fatale blonde et quelque-peu vulgaire incarnée par Faye Emerson. "She's a dish" comme dit George Tobias à John Garfield lorsqu'il l'aperçoit la première fois.

A titre d'anecdote, j'ai cherché en vain, car elle référencée au casting, la trop rare Virginia Patton (vous savez, la belle sœur de George Bailey dans It's a wonderfull life, vue également en jeune mariée dans la magnifique séquence de la curée du Passage du canyon).

Un mot enfin sur Walter Brennan : c'est un immense plaisir de le retrouver ici, une nouvelle fois dans le rôle du bon pote, à ceci prêt qu'il est beaucoup plus sobre (et surtout moins râleur et soupe au lait) que chez Ford ou Capra. C'est son personnage en fait qui fait (presque) tout le boulot dans le film, mais je n'en dirais pas plus pour pas gâcher. Lui et George Tobias (qui se fait passer pour le secrétaire particulier de Nick), sont les deux potes et complices d'un John Garfield qui, s'il n'est pas mémorable dans le rôle, s'en sort très bien. Il constitue un excellent compromis pour incarner à la fois le vilain garçon issu des quartiers et le romantique sensible, façon Gene Kelly, en voie de rédemption.

La mise en scène est fluide et le rythme enlevé. On ne s’ennuie pas un instant. Le spectateur voyage de New-York aux plages de Californie, a droit à de la romance (et notamment une longue séquence romantique -faisant penser à Elle et lui ou même Vertigo- dans une ancienne mission catholique, l'occasion d'évoquer des souvenirs d'ancien combattant d'Italie et d'insister sur le traumatisme de la guerre), du charme du suspense et un peu d'action. Néanmoins, on ne peut pas dire que la réalisation de Negulesco soit éblouissante ou remarquable. C'est impeccable mais toujours discret, sans grands effets.
Une autre séquence est particulièrement réussie: celle du combat de boxe auquel assistent Nick et la riche veuve. Alors que ce dernier se régale devant le spectacle, elle est assise en arrière plan, visiblement pas à sa place et mal à l'aise devant ce spectacle violent et populaire. En un plan, Negulesco suggère le fossé culturel qui sépare les deux amoureux. La scène suivante en rajoute néanmoins une couche en montrant Nick bricoler un avion en papier pour passer le temps devant un concert de Bach.

Au final, Nobody Lives Forever s'avère un très bon cru grâce à un excellent script et un casting impeccable.

Image

Les assassins de l'ordre (1971, Marcel Carné)

Image


Les assassins de l'ordre (1971, Marcel Carné)

Jacques Brel est absolument parfait et savoureux dans le rôle du juge chargé de l'instruction d'une affaire impliquant la police dans la mort d'un homme au commisariat, vraisemblablement à l'issue d'un passage à tabac. Le sujet était totalement dans l'air du temps et l'ombre de Mai 1968 plane sur le film.

Le reste du casting est au diapason : Michael Lonsdale (crédité Michel Lonsdale!), Charles Denner, Jean-Roger Caussimon et Catherine Rouvel (Borsalino) ainsi que Roland Lesaffre dont je réalise qu'il était très certainement un acteur fétiche de Carné avec une dizaine de films du réalisateur (Les assassins de l'ordre, Trois chambres à Manhattan, Juliette ou la clé des songes, Thérèse Raquin, L'air de Paris, Les tricheurs, Terrain vague, Les jeunes loups ou La merveilleuse visite, Du mouron pour les petits oiseaux). On aperçoit aussi Katia Tchenko (habillée).
J'ai d'ailleurs trouvé cette page sur Roland Lesaffre sur le propre site de Carné.


Les dialogues sont l'autre (énorme) point fort du film, surtout lorsque c'est Brel ou Denner qui se donnent la réplique.
J'ai noté celui-là, entre autres, mais il y a en beaucoup plus savoureux les uns que les autres (en particulier dans la scène finale) :

Charles Denner/L'avocat : "La lumière, toute la lumière c'est tout ce que je souhaite."
Jacques Brel/Le juge : "Vous l'aurez maitre, vous pouvez compter sur moi, vous risquez même d'être ébloui."

Jacques Brel/Le juge : "Faut-il qu'il y ait deux justices, l'une pour les policiers et l'autre pour les non policiers ?"


Il y a une scène marrante durant laquelle Brel retrouve son fils au commissariat parce qu'on a retrouvé de l'herbe sur lui (en fait glissé dans sa poche par un agent de police). On apprend alors qu'il risque deux ans de prison! Une nouvelle fois, Carné semble beaucoup s'intéresser aux jeunes de cette époque, au travers de scènes autour du fils du juge et d'allusions à des manifestations.
La mise en scène en revanche ne m'a pas emballé. C'est un peu lent et très statique. En outre, la copie 4:3 délavée que j'ai vue ne met vraiment pas en valeur le film (je ne connait pas le format initial).

Une page dédiée au film sur marcel-carne.com :
http://www.marcel-carne.com/les-films-de-marcel-carne/1971-les-assassins-de-lordre/22-images-de-jacques-brel-tirees-de-la-vhs-socai-films/

Quelques critiques d'époques :

L’Aurore

« Charles Dener (…) en avocat du diable fait d’une plaidoirie (…) un petit chef-d’œuvre du genre. Quant à Michel Lonsdale, il a tellement marqué son rôle de commissaire inquiété et inquiétant qu’il sera difficile, désormais, de ne pas faire appel à lui pour camper un tel personnage. Jacques Brel qui cherchait à se définir au cinéma a, je crois, trouvé son équilibre. »

Robert Monange, 11.05.1971



Le Canard enchaîné

« L’immoralité à tirer de ce film excellemment réalisé, c’est que le cirque continue, et les petits juges qui essaieront de tirer au clair des crimes que le pouvoir, la police, les autorités compétentes veulent laisser impunis, se casseront toujours les dents. »

Michel Duran, 12.05.1971



Combat

« Ni démagogie, ni opportunisme : Marcel Carné ne joue pas le contestataire de service, il se contente d’enregistrer un constat poignant, il nous raconte l’aventure exemplaire d’un seul homme, persuadé que ce n’est que d’un mouvement de révolte morale que pourrait venir notre salut (…). Je ne veux pas célébrer ici le baptême d’un Carné gauchiste, je rends simplement hommage à une probité assez rare dans notre société de camarades et copains, bien décidés a toujours convertir leur révolution en fric ! »

Henry Chapier, 07.05.1971



La Croix

« Les Assassins de l’ordre a le ton dépouillé d’une enquête. Par moment, le dialogue ronfle bien un peu et quelques scènes paradent comme au théâtre. Mais les faits s’enchaînent, secs, implacables, mécanique sans bavures, qui d’une séquence à l’autre, noue la tragédie (…). Carné nous donne, avec ce film, l’un des meilleurs de sa carrière, un peu Cayatte, mais sobre, sans racolage, efficace. »

Henry Rabine, 03.06.1971



L’Education nationale

« En dépit des gaucheries du dialogue, cette histoire est admirablement racontée ; le scénario est agencé avec une sûreté parfaite dans les rebondissements, les suspenses, les attentes (…) ; le rythme est sec, précis, d’une clarté constante ; les pièces de l’enquête, les manœuvres, les mouvements tactiques des adversaires s’enchaînent sous nos yeux sans une longueur ni une obscurité. Cet art de la narration, que feignent de mépriser aujourd’hui bon nombre de petits renards à la queue coupée, n’est ni facile, ni inutile. D’autant plus que l’image n’est pas indigne de la composition d’ensemble. Elle traduit les dons biens connus de Carné pour l’évocation des atmosphères (…) ou pour l’interrogation des visages et des regards saisis en gros plan. »

Etienne Fuzellier, 10.06.1971



L’Express

« Si Carné se met à faire du Cayatte, que va devenir Cayatte ? »

[S.N.], 10.05.1971



Le Figaro

« Reconnaissons le bonne facture du film. Sans doute peut-on regretter que le mécanisme dramatique et le style soient par instant assez rudimentaires. Mais l’action progresse d’une démarche franche et sûre. »

Louis Chauvet, 10.05.1971



France Soir

« Si le film a ses faiblesses comme la justice elle-même, il a par ailleurs suffisamment de force courageuse et de pouvoir spectaculaire pour mériter le succès. Marcel Carné a su réunir une distribution parfaite (…). Beaucoup de bons acteurs pour une bonne cause. »

Robert Chazal, 09.05.1971



L’Humanité

« A trop vouloir prouver, on n’établit pas grand-chose. Sauf que Marcel Carné reste courageux, convaincu de ses entreprises. Sauf l’efficacité des pressions qui peuvent s’exercer sur un magistrat essayant d’établir la vérité. Sauf que tout un système défend, couvre, ses pires errements. Sauf aussi que Carné sait conduire ses acteurs jusqu’à les rendre crédibles, même dans d’assez incroyables conditions, aux traits trop grossis et trop soulignés. »

Albert Cervoni, 15.05.1971



L’Humanité Dimanche

« Les Assassins de l’ordre est le procès d’une certaine police, la plus répugnante, parce qu’elle n’agit pas au grand jour. Elle nie ses petites saloperies et ses crimes sordides (…). Si la censure n’intervient pas, c’est parce qu’elle ne peut pas faire autrement. Carné a tout prévu. Rien n’est montré, tout est suggéré. C’est là sa force, son habileté et sa sagesse. L’efficacité vaut parfois mieux que les criailleries désordonnées. »

Samuel Lachize, 17.05.1971



Les Lettres françaises

« Il est bien difficile de porter un jugement objectif et serein sur ce film. D’une part, on se sent enclin à l’indulgence : c’est plutôt un retour en forme du réalisateur après des échecs notoires, l’engagement moral dont témoigne le film suscite naturellement la sympathie. D’un autre côté, l’œuvre relève d’une conception dramaturgique vieillie, l’intrigue est trop habilement ficelée au niveau du spectacle pour que le film soit vraiment dérangeant (…). Le film a des chances de jouer dans le public le rôle pour lequel il a été conçu, sans génie visuel et non sans certaines complaisances dans l’intrigue et le dialogue. Mais enfin, pour l’honneur de notre cinéma, il est bon qu’un tel film ait vu le jour. »

Marcel Martin, 19.05.1971



Le Monde

« Le récit lui-même est surchargé d’épisodes romanesques, sans doutes utiles à la progression dramatique, mais d’une banalité extrême. La révolte, la solitude morale, les crises de découragement du jeune juge, sont décrites au cours de scènes dont le style théâtral souligne fâcheusement le caractère artificiel. La mise en scène de Marcel Carné vise, certes, à l’efficacité, mais les moyens qu’il utilise dressent une barrière entre ses personnages et nous (…). La sincérité est d’ailleurs la qualité dominante de ce film. Elle ne suffit pas toujours malheureusement à palier les défauts de la narration. »

Jean de Baroncelli, 12.05.1971



Le Nouvelles littéraires

« Un film utile. Est utile tout ce qui dénonce les tares de notre temps. L’usage des méthodes dégradantes pour arracher des aveux à un prévenu est une de ces tares (…). Plus que le manichéisme, me gênent, dans Les Assassins de l’ordre, un certain naturel de confection, une certaine aisance préfabriquée, enfin ce qu’on reproche habituellement au théâtre de Boulevard (…). On ne devrait pas avoir de trop grandes exigences esthétiques à l’égard d’une œuvre qui se propose comme fin non pas la délectation mais la prise de conscience, une œuvre qui veut être non un objet de beauté mais un acte. Disons donc que Les Assassins de l’ordre est un excellent Boulevard, sur un thème du plus respectable humaniste. »

[S.N.], 14.05.1971



Le Nouvel observateur

« Attention : il ne faut pas faire des Assassins de l’ordre ce que Carné ne veut pas qu’il soit : un plaidoyer anar ou un brûlot de la revendication gauchiste. La leçon de morale civique, Carné, par la bouche de Brel, nous la donne en clair. Aucune ambiguïté possible : c’est le non à la tyrannie, c’est la sempiternelle et toujours neuve affirmation que le droit prime sur la force (…). En brave ancien combattant de la gauche, Carné rêve. Il rêve des générations réconciliées (…). Il rêve aussi, Carné, d’une justice qui ne défendrait plus (…) une certaine classe, mais l’homme. C’est parce que Carné rêve à voix haute que Les Assassins de l’ordre nous touche. »

Jean-Louis Bory, 10.05.1971



Paris Jour

« On n’avait vu que des films américains ou italiens sur ce sujet délicat. Et on finissait par croire que personne en France ne pourrait l’aborder. Avec Les Assassins de l’ordre, voilà qui est fait. Et bien fait (…). Marcel Carné a le grand mérite de ne pas tomber dans le piège de l’exagération. »

Jacques Flurer, 12.05.1971



Télérama



« Si l’on compare Les Assassins de l’ordre aux grandes œuvres et même aux meilleurs films de Carné, on n’en fera pas un chef-d’œuvre. Mais compare-t-on une enquête journalistique aux chefs-d’œuvre littéraires ? Le principal mérite du film, c’est de poser clairement et sans concession devant l’opinion, une question qui concerne tous les citoyens de ce pays. »

Jean-Louis Tallenay, 23.05.1971



« Le film de Carné est une trop grossière illustration des problèmes à l’ordre du jour évoqués avec un simplisme déconcertant. Il ne nous épargne aucun discours humanitaire et tous les détails sont grossis à la loupe. Personnages-robots, dialogue-massue, interprétation conformiste, tout concourt à la création d’un univers conventionnel et fictif. Une caricature de pamphlet. »

Gilbert Salachas, 23.05.1971



Témoignage chrétien

« Ni plus ni moins que du sous-Cayatte. Tout y est surfait, du dialogue aux situations, tout y est conventionnel, de la construction du récit à la mise en scène. »

[S.N.], 15.05.1971



Valeurs actuelles

« On ne distingue plus rien du créateur qui eut pendant un moment le style le plus personnel, qualités et défauts compris, du cinéma français (…). Marcel Carné assure qu’il a encore beaucoup à dire, et de son propre fonds. Qu’il se hâte alors de l’exprimer, dans une forme élaborée et non empruntée. Car malgré le confiance qu’on lui garde, après un ou deux autres films tels que Les Assassins de l’ordre, on sera bien obligé de conclure que son talent fut trop étroitement tributaire d’une époque, 1936-1945, pour avoir pu survivre à celle-ci. »

Jean Limousin, 24.05.1971

Image

jeudi 16 juillet 2015

Des Femmes Disparaissent (1959)

Robert se rebiffe !

Image




Des Femmes Disparaissent (1959)


Réalisation : Édouard Molinaro
Scénario : Gilles Morris-Dumoulin, d'après son roman
Dialogue : Albert Simonin

Petite entorse à la règle stricte du film noir d'origine américaine, un petit mot sur ce polar français d'Edouard Molinaro. Un film que m'avait conseillé Julien Leonard, en double programme d'Un témoin dans la ville, second polar/noir du réalisateur.

Ambiance nocturne (bruits de pas sur le gravier d'une résidence bourgeoise, dans des rues étriquées d'un Marseille surprenant où le linge pend dans les rues), musique jazzy d'Art Blakey (tambours, cordes et cuivres), zooms suggestifs, on est immédiatement happé par un récit qui tient en haleine durant 1h20.

Jeunes Femmes Vieux Messieurs
Le sujet est la traite des blanches. En suivant sa fiancée (la très jolie Estella Blain, vue aux côté de Ventura dans Le fauve est lâché), Béatrice, en route vers un mystérieux rendez-vous, Pierre Rossi (Robert Hossein) se retrouve devant une somptueuse demeure. Soudain, deux individus surgissent et l'assomment. Revenu à lui, il ne tarde pas à découvrir que la maison sert de repaire à un redoutable gang, dirigé par un certain Victor Quaglio et spécialisé dans la traite des Blanches. Bien qu'en mauvaise posture, il se jure de délivrer sa fiancée...

Image


"Pas d'Embarquement pour Cythère, ce soir nous jouons plutôt La belle au bois dormant".

C'est un festival de dialogues et de gueules (Jacques Dacqmine en tête), de tous ces habitués aux seconds rôles des années 50. Hossein, gueule de loubard, tient le rôle du jeune premier mais ne fait pas le poids face à la véritable attraction du film qui n'est autre que l'immense, le génial Philippe Clay (acteur-chanteur de légende!, quasi-sosie jeune de son comparse Serge Gainsbourg avec qui il a chanté souvent à la télé). Il est le tueur au chewing-gum, homme de main sarcastique et détaché ("je fais juste mon job, rien de personnel, tu comprends") mais implacable, n'hésitant pas à faire fouetter nue Magali Noël parce qu'elle l'a trahie(scène un brin osée pour l'époque je trouve). Magali Noël et Estella Blain apportent une touche érotique bienvenue (juste ce qu'il faut pour les vicelards).

Sexy, brutal et drôle. Un excellent divertissement.

ImageImageImage
Image

lundi 1 juin 2015

Déjeuner pour deux / Breakfast for two (1937)

Image


Déjeuner pour deux / Breakfast for two (1937)

J'ai cru être tombé sur un petit bijou caché en découvrant les premières minutes de ce Breakfast for two (1937), une screwball comédie d'Alfred Santell, malheureusement le film n'est finalement qu'une comédie sympathique, qui tourne parfois à vide en dépit de quelques scènes plutôt drôles mais manquant un peu d'écriture.

Stanwyck crève une nouvelle fois l'écran face à un Herbert Marshall davantage connu pour ses drames mais qui était très à l'aise dans la comédie. C'est notamment le cas dans l'excellent The good fairy (merci le bourreau) face à Margaret Sullavan ou chez Lubitsch dans la comédie plus dramatique (face à Kay Francis dans Haute pègre ou face à Marlene Dietrich dans Ange) ou dans la comédie musicale (Mad About Music, avec Deanna Durbin).

J'ai d'ailleurs prévu d'enchaîner avec leur seconde collaboration, tournée à peine un an après celle-ci : Adieu pour toujours (1938).

A titre d'anecdote, Herbert Marshall avait perdu une jambe pendant la première guerre mondiale et jouait donc toutes ses scènes screwball parfois "difficiles" physiquement avec une jambe de bois.

Image

You Belong to Me (1941, Wesley Ruggles)

Image



You Belong to Me (1941, Wesley Ruggles)


Un playboy millionnaire rencontre lors de vacances à la neige une séduisante doctoresse, dont il ne tarde pas à s'éprendre.

Leur mariage suit presque immédiatement mais absorbée par sa profession de médecin, son épouse ne peut même pas passer leur nuit de noces en sa compagnie.
Sa femme continuant à travailler nuit et jour, il ne tarde pas à éprouver de la jalousie lorsqu'il remarque que la plupart de ses patients sont de jeunes et beaux hommes.
Pour se changer les idées, il se fait embaucher comme employé dans un grand magasin mais ses collègues ont du mal à accepter la présence d'un homme qui n'a pas besoin de travailler pour vivre. Finalement, le millionnaire achètera un hôpital qu'il dirigera avec sa femme.


1941 fut définitivement l'année Barbara Stanwyck.
Meet John Doe, The Lady Eve, Ball of Fire et You Belong to Me dans lequel le couple Barbara Stanwyck/Henry Fonda se reforme pour la troisième fois après Un cœur pris au piège la même année et Miss Manton est folle en 1938.
Un cœur pris au piège (élu meilleur film de l'année par le New York Times) fut un peu l'apogée et la conclusion d'une décennie de Screwball comedies.

Henry Fonda est absolument tordant dans You Belong to Me en mari trop peu sûr de lui et jaloux. Et comment ne pas l'être un peu tant Barbara Stanwyck est magnifique en femme moderne et active (le film est d'ailleurs très moderne pour l'époque, la femme travaillant et le mari restant à la maison), tantôt tendre, tantôt agacée par le comportement de son jeune mari. Et visiblement elle n'a pas eu besoin de jouer beaucoup tant Fonda la fait fondre, le bougre, par ses manières de petit garçon grondé. C'est vraiment lui qui tient le film sur ses épaules. Personnellement je ne l'ai jamais vu à ce point dans le registre de la comédie. Le scenario est très limité (à l'image d'Infidèlement vôtre / Unfaithfully Yours de Preston Sturges, en moins caricatural) mais le talent et la beauté des deux acteurs suffit largement.
Fonda/Stanwyck : un couple de rêve !


Image

mercredi 21 janvier 2015

TOP SUPFICTION 2014


TOP SUPFICTION 2014



ImageImageImageImageImageImageImageImageImage]ImageImageImage

Révélation masculine de l'année : Miles Teller
Révélation féminine de l'année : Brie Larson
Série de l'année : Rectify

dimanche 11 janvier 2015

The show (1927) de Tod Browning

Image


C'est un étonnant John Gilbert auquel on a affaire dans ce film à petit budget qui s'apparente à un pré-film noir. Un personnage cousin d'ailleurs du Tyrone Power de Nightmare Alley d'Edmund Goulding et surtout du Charles Farell de Liliom (1930) de Frank Borzage qui a d'ailleurs pratiquement la même tenue que Gilbert ici (faut-il y voir un clin d’œil ou bien était-ce une tenue tellement typique de ce genre d'acteur/animateur de foire ? I don't know.).
Image
Image

Un rôle courageux et diamétralement opposé de celui qu'il tient dans La grande parade ou dans les films de Garbo. Un rôle sombre (un rôle qu'on aurait facilement imaginé pour Lon Chaney), un type pas sympathique du tout durant pratiquement tout le film, bon à rien, arriviste macho et arrogant qui convoite la fille du berger pour son argent et qui est suspecté du meurtre du père de celle-ci. Mais Renée Adorée l'aime malgré tout, est là pour le remettre dans le droit chemin et surtout veille au grain pour refroidir les femmes qui lui tournent un peu trop autour !

Le duo Gilbert-Adorée est reformé pour le bonheur des spectateurs tant leur complicité et leur alchimie rend bien à l'écran.
Mais ici l'ambiance est lourde et sombre, à mille lieux de la légèreté des scènes drôles ou romantiques du couple dans La grande parade.
En prime, le grand Lionel Barrymore qui incarne "The Greek", un gangster mafieux doublé d'un homme jaloux et brutal qui a des visés sur la belle Renée qu'il considère comme sa propriété. Il va tenter à plusieurs reprises de tuer ce rival qui le gêne.

Tout ce petit monde gravite autour du show, un spectacle du carnaval de Budapest, dans lequel ils jouent des scènes exotiques ou bien exposent des monstres (la femme araignée, la femme sans corps, etc). Pas de doute on est chez Tod Browning, comme un aperçu du futur Freaks.

Image


Dans ce spectacle, le personnage de Gilbert joue Saint Jean-Baptiste tandis que le personnage de Renée Adorée joue Salomé.
L'actrice française (née à Lille en 1898) brille une nouvelle fois à l'écran, beauté typique de l'époque. Ses yeux sont éclatants et ses rondeurs sont mises en valeur lors d'une scène de danse du ventre pour le plus grand bonheur des spectateurs dans le film et en dehors du film.

Le personnage de Gilbert s'appelle Cock Robin ce qui fait plutôt sourire, mais ce n'est rien comparé à la scène de l'iguane présenté comme une bête extrêmement dangereuse dont la morsure est instantanément mortelle. Barrymore se servira d'ailleurs de cet animal importé de Madagascar pour tuer son rival..

Pour l'anecdote, au générique de la restauration du film on découvre que la musique est.. de Hans Zimmer.

Image


Image
Image
Image