mercredi 21 janvier 2015

TOP SUPFICTION 2014


TOP SUPFICTION 2014



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Révélation masculine de l'année : Miles Teller
Révélation féminine de l'année : Brie Larson
Série de l'année : Rectify

dimanche 11 janvier 2015

The show (1927) de Tod Browning

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C'est un étonnant John Gilbert auquel on a affaire dans ce film à petit budget qui s'apparente à un pré-film noir. Un personnage cousin d'ailleurs du Tyrone Power de Nightmare Alley d'Edmund Goulding et surtout du Charles Farell de Liliom (1930) de Frank Borzage qui a d'ailleurs pratiquement la même tenue que Gilbert ici (faut-il y voir un clin d’œil ou bien était-ce une tenue tellement typique de ce genre d'acteur/animateur de foire ? I don't know.).
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Un rôle courageux et diamétralement opposé de celui qu'il tient dans La grande parade ou dans les films de Garbo. Un rôle sombre (un rôle qu'on aurait facilement imaginé pour Lon Chaney), un type pas sympathique du tout durant pratiquement tout le film, bon à rien, arriviste macho et arrogant qui convoite la fille du berger pour son argent et qui est suspecté du meurtre du père de celle-ci. Mais Renée Adorée l'aime malgré tout, est là pour le remettre dans le droit chemin et surtout veille au grain pour refroidir les femmes qui lui tournent un peu trop autour !

Le duo Gilbert-Adorée est reformé pour le bonheur des spectateurs tant leur complicité et leur alchimie rend bien à l'écran.
Mais ici l'ambiance est lourde et sombre, à mille lieux de la légèreté des scènes drôles ou romantiques du couple dans La grande parade.
En prime, le grand Lionel Barrymore qui incarne "The Greek", un gangster mafieux doublé d'un homme jaloux et brutal qui a des visés sur la belle Renée qu'il considère comme sa propriété. Il va tenter à plusieurs reprises de tuer ce rival qui le gêne.

Tout ce petit monde gravite autour du show, un spectacle du carnaval de Budapest, dans lequel ils jouent des scènes exotiques ou bien exposent des monstres (la femme araignée, la femme sans corps, etc). Pas de doute on est chez Tod Browning, comme un aperçu du futur Freaks.

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Dans ce spectacle, le personnage de Gilbert joue Saint Jean-Baptiste tandis que le personnage de Renée Adorée joue Salomé.
L'actrice française (née à Lille en 1898) brille une nouvelle fois à l'écran, beauté typique de l'époque. Ses yeux sont éclatants et ses rondeurs sont mises en valeur lors d'une scène de danse du ventre pour le plus grand bonheur des spectateurs dans le film et en dehors du film.

Le personnage de Gilbert s'appelle Cock Robin ce qui fait plutôt sourire, mais ce n'est rien comparé à la scène de l'iguane présenté comme une bête extrêmement dangereuse dont la morsure est instantanément mortelle. Barrymore se servira d'ailleurs de cet animal importé de Madagascar pour tuer son rival..

Pour l'anecdote, au générique de la restauration du film on découvre que la musique est.. de Hans Zimmer.

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dimanche 21 décembre 2014

A Cry in the Night (1956)


A Cry in the Night (1956)


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Je reprend la discussion où on l'avait laissé en janvier dernier, après avoir vu ce fameux A cry in the night de Frank Tuttle. Bien sûr, en tant que grand admirateur de Natalie Wood, mon jugement peut être quelque-peu biaisé sur le film :fiou: .

Sorti dans la foulée de La fureur de vivre (et de La prisonnière du désert ), on y retrouve un peu cette ambiance typiquement 50's / happy days des jeunes amoureux trainant un peu trop tard le soir dans leurs décapotables américaines garées sur une colline (la colline des amoureux) sous un ciel étoilé, discutant rock’n’roll, bal de lycée, ou de leur avenir et pratiquant le langage universel.
Comme dans la fureur de vivre, Natalie a un père un peu trop rigide, capitaine de police de surcroit. La figure du père de famille américain est incarnée par Edmond O'Brien et celle du commissaire par le toujours charismatique Brian Donlevy.

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Une voix off d'introduction nous averti d'emblée : les parents ont parfois raison de s'inquiéter parfois un peu trop pour leurs "kids". Musique flippante et gros plan sur un voyeur caché dans un bosquet épiant les deux tourtereaux Natalie Wood et Oscar Goldman qui passaient jusque là un bon moment.

Quand le voyeur en question a le visage de Raymond Burr qui faisait flipper les spectateurs américains deux ans auparavant en tueur façon Père Noël est une ordure dans Fenêtre sur cour, le spectateur de l'époque ne rigolait sans doute plus : kidnapping immédiat de la belle et fragile Natalie Wood et viole potentiel à la clef.

Le scenario de David Dortort tiré d'une nouvelle de Whit Masterson (All through the Night) est très simple mais fonctionne bien. Le père rigide, le fiancé (dépassé mais courageux) et le bon commissaire vont d'abord s'expliquer virilement avant de partir à la chasse au maniaque.

Mais c'est Raymond Burr qui tire son épingle du jeu dans un rôle d'attardé mental sans doute malmené par sa maman trop protectrice, devançant quelque-peu le Norman Bates de Psychose (1960) mais reprenant aussi et surtout la figure de l'inadapté et fragile Lennie Small du roman de Steinbeck Des souris et des hommes (incarné plusieurs fois au cinéma de Lon Chaney Jr. à John Malkovich).

Avec la carrure imposante de Raymond Burr face à la frêle Natalie Wood, les scènes prennent un petit côté King Kong/Fay Wray. On frémit pour Natalie tout en ayant de la compassion pour son bourreau intellectuellement déficient, visiblement pas violent de nature mais que la vie n'a pas gâté.

Un petit film, dont la cible devait sans doute être le jeune public des drive-ins (l'équivalent des films d'horreurs d'aujourd'hui), mais c'est un thriller qui fonctionne bien. Natalie Wood fait le job mais il faudra attendre encore pour qu'elle ai des rôles plus denses à interpréter.
Selon les dires, Natalie Wood et Raymond Burr se seraient trèèèèès bien entendu sur le tournage, au point qu'il fut peut-être question de mariage ou en tous cas d'une relation sérieuse et intense. Relation qui n'était pas du gout des studios Warner qui préféraient voir Natalie dans les tabloïds aux côtés du jeune et beau et blond Tab Hunter (son partenaire dans son film suivant, Collines brûlantes) quitte à faire pression sur Burr pour l'écarter de leur étoile montante. Peur du scandale sans doute aussi, compte tenu de leur différence d'âge (17 et 38 ans). La connaissance de ces faits n'en rend que plus savoureux ce face à face entre la belle et la bête.

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mercredi 3 décembre 2014

The Perfect Specimen / Un homme a disparu (1937, Michael Curtiz)

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The perfect specimen est clairement un frère siamois du New-York-Miami de Franck Capra. Errol Flynn reprenant en quelques sortes le rôle de Claudette Colbert, à savoir celui de l'héritier milliardaire (Gerald Beresford Wicks) en fuite de sa prison dorée.

Gerald Beresford Wicks est élevé comme l'homme parfait, à la fois physiquement, moralement et intellectuellement, repassant ses leçons de physique tout en faisant sa gymnastique. Sa grand-mère a planifié son mariage avec sa cousine depuis l'enfance. Il est comme une plante sous serre, vivant dans l'isolement du monde (le film s'ouvre à la manière d'un Citizen Kane comique par un travelling sur les panneaux "Trespassers will be prosecuted" et "Beware of the dogs").
Cette belle perfection vole en éclat lorsque Mona Carter, la sœur de Jink Carter, un employé de la famille Wicks, enfonce (volontairement) les grilles de la résidence et fait la rencontre du fameux héritier..

La différence principale avec le film de Capra se situe dans la minceur du script. Il faut bien le dire, là où It Happened One Night dispose d'une intrigue de comédie romantique simple mais imparable (une héritière en fuite pour échapper à un mariage forcé est accompagnée d'un journaliste au chômage qui trouve l'occasion de se refaire en cachant son identité réelle), The perfect specimen est conçu comme une farce davantage "screwball" et dénuée d'un argument solide (s'il y est également question de mariage arrangé, ce n'est même pas tant le refus de ce mariage qui est le moteur de l'action, juste un besoin irrépressible d'air et de liberté).
C'est un tout petit regret car on s'en passe très vite, et ce grâce au talent et à la fantaisie des acteurs et à la grande légèreté de la réalisation de Michael Curtiz qui rapproche le film des meilleurs Gregory La Cava ou Mark Sandrich.

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Je crois qu'il s'agit de la première incursion d'Errol Flynn dans la comédie et il faut bien dire que c'est un coup de maître dans un rôle à contre-emploi (imaginez Errol en jeune vierge propre sur lui, sans expérience et coupé du monde, soit l'exact inverse il me semble de sa personnalité!). Et il n'a, dans le registre goguenard, rien à envier à Clark Gable. La crédulité inhérente au personnage en plus. Son enthousiasme, la simplicité et la légèreté de son jeu sont communicatifs.
On oublie totalement le héros et l'aventurier, on est ici devant un pur acteur de comédie, au point qu'on peut regretter qu'il n'en ai pas fait davantage à cette époque.

Joan Blondell hérite d'une partition plus délicate et superficielle, à savoir un personnage un peu irréel, malicieux mais tendre ("docteur Jekyll and mister Hyde") qui semble sorti de nulle-part et qui, pour s'amuser, entreprend à la faveur d'un pari de défoncer les grilles interdites afin de rencontrer le "perfect specimen" dont tout le monde parle. Elle semble n'avoir qu'un but : casser cette trop belle perfection et libérer le jeune homme de son carcan en l'incitant à s'attaquer à tous les "moulins à vent" (allusion à Don Quichotte), à commencer par sa grand-mère acariâtre et ultra-conservatrice qui tyrannise tout son petit monde à longueur de journée et fait la pluie et le beau temps dans la famille.

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Dans New-York-Miami, Gable (puisque les positions homme-femme sont inversées, Flynn incarnant ici une sorte de belle au bois dormant) était un journaliste quelque-peu crapuleux qui jouait un double jeu avec Claudette Colbert, jeune fille de bonne famille naïve qui allait s'ouvrir au monde réel. Dans L'extravagant Mr Deeds, autre film auquel on pense beaucoup en voyant le film, Jean Arthur était également journaliste.
Il aurait été facile en fait de faire de Joan Blondell une journaliste motivée par l'argent ou par un article à écrire.
Visiblement Curtiz n'a pas souhaité tomber dans cette facilité, ce qui rend le film à la fois plus originale et plus aérien.

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Le personnage de Mona Carter est donc quelque-peu superficiel mais le talent de Joan Blondell fait le reste. Il est rare de voir cette actrice piquante dans un rôle de premier plan comme celui-ci (d'ailleurs son rôle avait été initialement prévu pour Carole Lombard ou Miriam Hopkins).
Elle prouve qu'elle peut tenir les premiers rôles aisément au lieu d'être cantonné aux seconds rôles de meilleur copine piquante et sarcastique comme on l'a vu souvent (aux côtés de Lana Turner, Barbara Stanwyck ou surtout James Cagney notamment). Même physiquement, elle semble plus jolie que d'habitude. Comme si en tant que premier rôle elle avait bénéficié enfin de tous les égards (l'effet tête d'affiche=meilleurs maquilleurs, coiffeurs, habilleurs ?).

Outre le couple vedette, le gros atout du film est son "supporting cast", une pléiade de seconds rôles de haut niveau.
A commencer par Edward Everett Horton qui apporte un brin de Lubitsch touch avec son don particulier pour faire à la fois le lèche-bottes et sortir des répliques sarcastiques qui font mouche. Il est à chaque fois parfait dans ses rôles récurrents de servant/majordome/domestique au point que je le considère un peu comme le pendant américain de Pauline Carton dans les films de Sacha Guitry.
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Son duo comique avec May Robson (la tante dans L'impossible monsieur bébé, et la lady de Lady for a Day de Capra), qui joue la matriarche tyrannique de la famille Wicks, est réglé comme une montre. Je pense notamment au fameux gag du coq qu'il faut zigouiller parce qu'il chante trop tôt au petit matin. Horton s'exécute devant les demandes les plus improbables de la vieille rombière.
Un superbe acteur de comédie dont se sont allégrement servi les meilleurs du genre, en premier lieu Lubitsch lui-même dont il était l'un des acteurs fétiches il me semble (on peut le voir notamment dans La huitième femme de Barbe-bleue, La veuve joyeuse, Ange, Sérénade à trois, Haute pègre) mais aussi Capra (Horizons perdus, Arsenic et vieilles dentelles), Cukor (Vacances) et Mark Sandrich (La joyeuse divorcée et le génial L'entreprenant Mr. Petrov dans lequel il faisait merveille aux côtés de Fred Astaire).

Il y a aussi Harry Davenport (également vu dans plusieurs Lubitsch, mais aussi Autant en emporte le vent et Meet me in Saint Louis) dans le rôle du père de Joan Blondell, le dingue Hugh Herbert et enfin Allen Jenkins, très amusant dans la séquence boxe pendant laquelle Errol expose sa musculature et sa crédibilité bien avant Gentleman Jim.
La scène du combat de boxe est elle un clin d’œil au combat de boxe dans Les Lumières de la ville ? Je me suis posé la question. Quoiqu'il en soit il y a un peu de Chaplin dans la valse d'Errol et de Chloroforme Conley (le champion poids lourd).

Faute d'intrigue solide, le film peine logiquement dans son climax. La scène finale tournant un peu à vide et se transforme en festival de répliques et mimiques pour chacun des seconds rôles (Hugh Herbert, May Robson, Edward Everett Horton) réunis autour du couple vedette.

Si globalement, le comique l'emporte définitivement sur la romance, l'inventivité, la sensibilité et la richesse du jeu déployé par Joan Blondell et Errol Flynn sont d'un tel niveau qu'ils arrivent à faire passer énormément en peu de temps. Quelques gestes et regards suffisent.
Leur signe de ralliement, par exemple, est une trouvaille simple mais formidablement efficace et jouissive.

Je pense aussi à la scène délicate durant laquelle Errol/Gerald Beresford Wicks déclare son amour dans une chambre d’hôtel et qui se termine sur le regard de Joan/Mona Carter au bord des larmes. Magnifique. En une seule séquence romantique à l’hôtel, les virtuoses Curtis, Blondell et Flynn en montrent davantage que dans la plupart des pures comédies romantiques de l'époque. C'est prodigieux. Et inoubliable.


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dimanche 30 novembre 2014

La dame et le toréador / Bullfighter and the Lady (Budd Boetticher, 1951)


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Johnny Regan, un touriste americain, assiste a Mexico à sa première corrida et tombe amoureux du spectacle. A l'issue de la manifestation, il se fait inviter a la table du torero Manolo Estrada, un célèbre matador vieillissant. Il s'éprend d'Anita, fille d'un important éleveur de taureaux et promise depuis son plus jeune âge au torero blessé le jour même. Johnny et Manolo concluent un marché : Manolo l'initiera a la tauromachie, tandis qu'en échange Johnny (ancien champion de tir) lui donnera des cours de tir.


"Eh HEH, Toro"

La Dame et le Toréador (Bullfighter and the Lady) est un film dramatique américano-mexicain écrit et réalisé par Budd Boetticher, sorti en 1951 et pour lequel il obtint en 1952 une nomination à l'Oscar du scénario (remporté par Huston pour African Queen).

Un film qui ne serait qu'un simple cri d'amour à la tauromachie ne m’intéresserait pas du tout. Et heureusement, La dame et le toréador est bien plus que cela : un beau film d'amours doublé d'un parcours initiatique.

De ce film, je garde en tête en premier lieu de très belles images baignées dans une atmosphère intensément romantique et dramatique. Romantisme renforcé par une musique douce et enivrante.

Cependant, je déplore que Boetticher se soit trop attardée sur des séquences de corrida répétitives, filmées sans imagination et vues sous le prisme d'un spectateur qui serait tenu à distance, dans les gradins. Certains spectateurs pourront trouvé bien ennuyeuses ces scènes de face à face entre toréros, taureaux ou vachettes. Une approche documentaire sans aucun doute (le film est tourné sur place à Mexico City) qui peut laisser de marbre, pour ne pas dire plus. Le sujet même de la corrida, tant décrié à notre époque, en laissera certains en rade.

C'est bel et bien en dehors de l'arène que le film fonctionne, autour des personnages et non des taureaux. De fait, on pourra regretter que le temps accordé aux scènes de tauromachie se fasse au détriment des relations entre les protagonistes, traitées un peu rapidement et superficiellement à mon goût. Les sentiments amoureux entre Johnny et Anita sont tout juste effleurées et il faut une direction d'acteurs parfaite et la performance de Robert Stack et Joy Page pour convaincre en peu de temps de l'authenticité de leur amour naissant. Je veux pour exemple la rapidité à laquelle Anita change d'attitude à l'égard du gringo Johnny jugé jusqu'alors bien trop insistant à son goût.
Le film est en fait très pudique. Il est beaucoup question d'amour (sous diverses formes) mais ce n'est certainement pas le genre de Boetticher d'appuyer les sentiments et les démonstrations d'épanchement ou d'amour physique.

Cette histoire d'amour n'est d'ailleurs pas le sujet central. Elle participe seulement de l’épanouissement d'un homme dont l'âme est submergée par des attirances fulgurantes et entremêlées pour une femme, une culture inconnue et un sport-spectacle total. Une culture et des traditions bien définies, aux codes strictes (comme en témoigne la scène durant laquelle Johnny rentre en scène sans le costume traditionnel du toréador, au grand dam des aficionado).

Comprendre les motivations, les traits de caractères majeurs et la psychologie des personnages, leurs réactions surtout, c'est ce qui est intéressant dans un bon film.

Quelles sont les véritables mobiles de Johnny Regan ? Qui est-il ?
Comment savoir si cette soudaine passion n'est pas une simple "passade" de la part d'un jeune américain qui s'ennuie en voyage ou quelque-peu volage (il est à la fois ancien champion de tir et producteur de spectacles) ?
Ce n'est jamais totalement explicite. Johnny demande au début du film à Estrada de lui enseigner la tauromachie sans jamais justifier les raisons de sa demande.

Une pulsion morbide ?
Possible, mais l'hypothèse restera sans fondement. Johnny ne semble commencer vraiment à s’intéresser au spectacle de tauromachie auquel il assiste que lorsqu'un toréro se fait encorner.
L’adrénaline et la gloire des toréros devant un public en liesse ? Possible aussi.
Ou bien s'agit-il surtout par la suite d'impressionner (comme il le reconnait plus tard d'ailleurs) et de plaire à la belle Anita pour qui il vient manifestement de tomber amoureux ?

On ne saura finalement pas quelle est la motivation profonde de Johnny Regan, ni qui il est vraiment au début du film. Chacun interprétera donc avec son propre vécu.
Les choses ne sont jamais aussi simples comme semble vouloir nous dire le réalisateur pour qui ce film était très cher, dont il était très fier et qui racontait son histoire personnelle.
Regan c'est Budd Boetticher lui-même quand il était jeune. Sa vie bascula lorsqu'il assista à sa première corrida, alors qu'il était en voyage à Mexico City, et qu'il fut émerveillé par le spectacle proposé par Lorenzo Garza, grand matador de l'époque, et c'est Lorenzo Garza en personne qui pris en charge un temps son entrainement. Budd Boetticher (qui avait une très mauvaise relation avec ses parents) se cherchait comme beaucoup de jeunes hommes testant leurs propres limites ou même défiant la mort pour mieux se prouver qu'il sont vivants.

L'expérience à un prix et c'est ce que Johnny Regan va apprendre lorsqu'il sera confronté aux conséquences de ses actes et de son arrogance (arrogance au sens d'imprudence et de manque d'humilité face au danger, Johnny cherchant trop vite à faire "comme les grands",  à reproduire les gestes de matadors expérimentés).

Pour moi le plus beau moment du film est celui de la seconde rencontre entre Anita et Johnny, lorsqu'elle s'excuse de l'avoir un peu trop vite jugé et comprend qu'il est un étranger un peu maladroit qui s'intéresse à sa culture.
Cette fois Robert Stack est excellent (et disons très bien dirigé par Boetticher). Son sourire à ce moment précis est la première image qui me vient en tête quand je repense au film.

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De même, lors de la première représentation de Johnny avec des vachettes, la scène autour de l'arène est particulièrement réussie : on devine un homme terriblement exalté, qui se révèle à lui-même et qui est totalement emporté par les émotions et la passion qu'il découvre.
Anita est elle aussi totalement excitée à regarder ce jeune homme s'épanouir, emportée par un enthousiasme communicatif.
Le personnage de Katy Jurado / Chelo, digne et entièrement dévouée à l'amour de son homme est également formidable. Et ce en très peu de scènes. Elle incarne presque à elle seule (avec Joy Page) toute la fierté et la beauté d'un peuple.
Le couple qu'elle forme avec Gilbert Roland / Manolo Estrada est à l'image de la solidité des traditions de ce peuple. A la fois couple modèle, figures paternelles et maternelles et sources d'inspiration pour Anita et Johnny. Pour Boetticher qui à ce moment de sa vie a pratiquement fuit ses parents, ces figures très fortes ne sont pas anodines.
Il tourne un certain nombre de scènes d'"amour"en gros plan et c'est l'une des réussites du film. Et de fait, les expressions des visages sont éloquentes.
La mise en scène est parfois très élégante et fluide (travellings discrets) ou inspirée (plongée/contre-plongée écrasante sur Johnny après son erreur arrogante et mortelle).
D'autre part, il ne fait pas l'impasse sur la stupidité répandue parmi les aficionado, les esprits écervelés et avides de sang.

Je reviens sur la musique : très belle dans les scènes romantiques, elle souligne notamment la sérénité et la douceur des personnages féminins.

Au delà du monde de la corrida qui moi ne m'intéresse pas vous l'aurez compris (ne considérant aucun art dans la tauromachie), le plus intéressant est l'argument de ce jeune américain quelque peu impulsif, hardi et inconscient (pas un petit con mais presque, un grand "gamin" oui sans aucun doute), plongé dans un environnement, une culture et des mœurs étrangers. Et qui par ce biais apprends à devenir un homme.

samedi 29 novembre 2014

They Won't Believe Me (1947)

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They Won't Believe Me (1947)

Réalisation : Irving Pichel
Production : Alfred Zimbalist / Distribution : Allied Artists
Scénario : Jonathan Latimer et Gordon McDonell
Photographie : Harry J. Wild
Musique : Roy Webb

Avec :

Larry (Robert Young)
Verna (Susan Hayward)
Janice (Jane Greer)
Gretta (Rita Johnson)


Welcome to New York..

Robert Young (Larry) est un sale type. Mais j'aimerai bien être à sa place.
Papillonnant entre une épouse un peu trop riche et intelligente (Rita Johnson), son amante un peu jalouse (Jane Greer :oops: ) et sa nouvelle conquête, l'indocile Susan Hayward (Re :oops: ), pas facile la vie d'un petit agent de change!

**ATTENTION GÂCHEURS**
Après un certain nombre de lâchetés et tromperies, quand enfin Larry prend une décision et quitte son épouse pour sa secrétaire, le récit bascule du drame amoureux au film noir à l'occasion d'un accident de la route.
Pour éviter un camion zigzaguant à cause d'un pneu crevé, la voiture de Robert Young et Susan Hayward bascule dans le fossé et prend feu. Cette dernière périt dans l'accident. Alors qu'il est à l’hôpital et qu'on lui annonce que sa présumée femme est morte brulée, une idée lui vient alors : oui ce serait bien sa femme morte à ses côtés dans cet accident, ce qui lui permettrait d'hériter de son immense fortune.

Mais tout ne va pas se passer comme imaginé..

Il rentre alors chez lui avec l'intention de se débarrasser de sa femme pour de bon, mais chance ou malchance, celle-ci s'est déjà jeté dans un ravin en apprenant qu'il l'avait quittait. Il jette alors le corps dans le fleuve.

Dénoncé par un cheval..

Comme on pouvait s'en douter, le corps finira par être retrouvé et Robert Young inculpé pour meurtre.. pas de sa femme, mais de sa maitresse !
**ATTENTION GÂCHEURS FIN**

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Le premier point fort de ce film est son casting grand luxe ! Robert Young entouré de deux des plus belles femmes de l'époque : Jane Greer, belle à se damner (ici dans un presque contre-emploi, en tous cas par rapport à celui pour lequel elle est surtout connu) et Susan Hayward, superbe et dangereuse (une gold digger comme elle se qualifie elle-même), et dont le sourire racoleur et les grands yeux laisseraient sans défense n'importe quel homme. Son jeu est excellent et sensiblement différent de ces rôles habituels.
Jane Greer et Susan Hayward incarnent deux amantes diamétralement opposées : l'une sexuellement agressive et cynique (Susan Hayward), l'autre fragile et morale (Jane Greer).
En outre, Robert Young est un choix audacieux (lui qui a beaucoup joué les "nice-guy " et qui n'était pas une tête d'affiche) mais qui s'avère payant pour ce rôle de lâche et falot coureur de jupons.
1947 sera une année faste pour lui puisqu'il sera également à l'affiche de Feux croisés / Crossfire de Dmytryk, peut-être son meilleur film.

1947 it was a very good year.
Une grande année à la fois pour Young, Greer et Susan Hayward. Cette dernière obtint sa première nomination à l'Oscar de la meilleure actrice pour son rôle dans Une vie perdue / Smash-Up: The Story of a Woman et de très bons avis de la critique et du public. Elle tourna la même année un autre rôle majeur dans The Lost Moment .
Quant à Jane Greer, elle tourna successivement peut-être ses trois plus grands films : La griffe du passé (1947), La cité de la peur (1948) et Ça commence à Vera-Cruz (1949) !

A ce casting impeccable, il faut ajouter un scénario qui sans être original s'avère habile (de Jonathan Latimer, scénariste de John Farrow) et plutôt surprenant du début à la fin et ce alors que le récit est raconté en flash-back. Un flash-back dont on peut sérieusement douter de la véracité.
Après tout le titre est plutôt tendancieux : "They Won't Believe Me". Le jury ou le public ?
Il y a beaucoup d'ironie dans ce récit et l'on est pleinement dans un film noir en dépit des apparences. Larry semble être constamment passif face aux événements et aux femmes de sa vie. Mais est-ce vraiment le destin qui distribue les cartes ?

Au passif, une réalisation manquant un peu de peps et un (léger) abus de voix-off. Celle-ci est la conséquence d'un choix de mise en scène : l'histoire est raconté par le personnage de Robert Young lui-même alors qu'il se tient à la barre des accusés à son procès.

Je crois que deux montages du films circulent, l'un de 80 minutes (charcutage dans lequel tous les actes jugés immoraux ont été coupés, comme le baiser que Robert Young donne à Susan Hayward à l'Opéra alors que sa femme est à côté), l'autre de 90 minutes. Dans la version courte (que je n'ai pas vu), la fin serait très ambigüe à ce que j'ai pu comprendre, voir même incompréhensible.

A conseiller. Ne serait-ce que pour les fabuleuses Susan Hayward et Jane Greer, vous l'aurez compris.

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The Golden Blade / La légende de l'épée magique (1953)

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Retour aux basiques du film d’aventure avec The Golden Blade / La légende de l'épée magique (1953).

Prince de Bassorah, Harun se rend à Bagdad pour découvrir et châtier les meurtriers de son père. En chemin, il découvre une magnifique épée aux vertus magiques. Mais la précieuse lame lui est bientôt dérobée par le grand vizir et le fils de celui-ci, Hadi.
Alors que le calife est assassiné par les deux renégats, un tournoi est organisé, dont l'enjeu est la main de la délicieuse princesse Khairuzan, la fille du calife. Le capitaine parvient, par traîtrise, à triompher de son seul adversaire, Harun...


Réalisé par Nathan Juran (ancien directeur artistique pour Qu’elle était verte ma vallée), le même qui réalisera plus tard un autre film d'aventure façon Mille et une nuits, le Septième voyage de Sinbad (1958), ce film reprend le couple vedette Rock Hudson et Piper Laurie.
Le couple avait fait des étincelles l'année précédente dans Qui donc a vu ma belle ? / Has Anybody Seen My Gal ? (1952) devant la caméra de Douglas Sirk. Sirk qui tourna une seconde comédie avec Piper Laurie la même année, No Room for the Groom, cette fois avec Tony Curtis.

Le scenario est archi connu et balisé : un père à venger, une princesse enfermée, un héros valeureux, un complot fomenté par les proches du calife qui veulent devenir calife à la place du calife, un pouvoir surnaturel (la fameuse épée magique), un tournoi avec pour enjeu la princesse..

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Des décors colorés flambant neufs (Technicolor et carton-pâte) et des robes de soie dorées.

De grosses ficelles aussi (Rock Hudson qui prend ou fait mine de prendre Piper Laurie pour "un jeune garçon", la prophétie de l'épée bloquée dans le mur), des méchants mal joués (George Macready qu'on a vu plus fin) et des scènes de combat qui font un peu toc (Rock Hudson assez peu crédible en escrimeur, il faut bien le dire). Mais cela fait amplement partie du charme de ce genre de production.

D'autant plus que le rythme est soutenu et sans défaillance : on a pas le temps de souffler une minute durant ces 81 minutes.

Rock Hudson est plus convaincant que Tony Curtis (Son of Ali Baba, également avec Piper Laurie) dans le genre mais bien entendu beaucoup moins qu'Errol Flynn et son léger détachement, ce jenesaisquoi inégalable et imparable dans ce type de productions d'aventures romantiques.

Piper Laurie décidément la pauvre n'a pas eu beaucoup d'occasion de prouver ses talents d'actrice durant ces années ou elle fut surtout le faire-valoir de Tyrone (Le Gentilhomme de la Louisiane, 1953, que j'ai beaucoup aimé), Tony (Le voleur de Tanger, Le fils d'Ali Baba), et Rock (La légende de l'épée magique), sa fragilité apparente et son tempérament mutine faisant merveille. Je la trouve à chaque fois craquante dans ces productions et c'est bien ce qu'on lui demandait.

En dépit de ce qui peu passer pour des réserves, un très agréable moment passé devant cette libre adaptation des Mille et Une Nuits.

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