Je suis à vous tout de suite (2015)
Réalisé en par Baya Kasmi
Avec
Vimala Pons , Ramzi, Agnes Jaoui, Bruno Podalydès, Christophe Paou,
Zinedine Soualem, Carole Franck, Claudia Tagbo, Anémone, Camélia
Jordana, Laurent Capelluto..
Co-scénariste du
Nom des gens de Michel Leclerc (mais aussi d'
Hippocrate et de
La vie très privée de Monsieur Sim),
Baya Kasmi creuse son sillon et met une nouvelle fois les pieds dans le
plat. Ce film singulier est la meilleure réponse aux médisants qui
prétendent ici et ailleurs que le cinéma français contemporain aurait
moins de liberté et moins d'audace que celui d'hier et qu'il ne serait
pas suffisamment ancré dans son époque.
A l'instar du superbe
Nom des gens,
Je suis à vous tout de suite
est à la fois humaniste et gonflé. Baya Kasmi y dit beaucoup de choses
sur une France minée par le communautarisme, l'individualisme et les
préjugés, sur la crise identitaire, le sexisme, les cases dans
lesquelles les gens veulent vous faire rentrer.
La famille
Belkacem est le prétexte pour aborder ces sujets difficiles. C'est une
famille très proche de l'une des deux familles du
Nom des gens.
Vimala Pons, par sa sexualité décomplexée et sa fraîcheur bien connu
des cinéphiles maintenant, n'est pas très éloignée du personnage
fantasque de Sara Forestier dans le film de Michel Leclerc. Forestier
couchait avec des hommes pour les convaincre de voter à gauche, Vimala
Pons couche pour les consoler de leurs tracas (DRH, elle passe à la
casserole à chaque fois qu'elle doit licencier un employé). Ramzi
reprend pratiquement à l'identique le personnage du père de famille
serviable et d’une gentillesse excessive joué précédemment par Zinedine
Soualem (ce dernier revient ici en gérant d'un magasin hallal dans une
scène qui donne l'occasion de se moquer des excès ridicules de la
pratique) tandis qu'Agnès Jaoui reprend celui de la mère gauchiste
précédemment incarné par Carole Franck dans
Le nom des gens.
Tous ne sont pas là par hasard. Le cinéma de Leclerc et Kasmi s'inscrit
dans la lignée de celui de Bacri/Jaoui : un cinéma qui ambitionne de
dire des choses tout en restant drôle.
Le casting est riche de petits
rôles savoureux. Claudia Tagbo en prostituée, Bruno Podalydès en
employé licencié, Anémone en grand-mère fauchée qui fume des joints et
tape sa fille et son petit-fils, Christophe Paou une nouvelle fois la
bite à l'air en clin d’œil à
L'inconnu du lac) ..
Un mot sur Ramzi qui, loin de ses pitreries habituelles avec Eric Judor, confirme après une tentative en 2011 (
Des vents contraires
de Jalil Lespert) qu'il a le potentiel pour jouer de beaux personnages
dramatiques. Il n'a jamais été aussi touchant qu'ici, plein d'humanité
et de tendresse. Ramzi, héritier insoupçonné de Bourvil ? La suite nous
le dira.
Meh
Quelques
réserves tout de même. Le film n'est pas tout à fait aussi abouti que
son désormais illustre prédécesseur en dépit de son casting impeccable.
S'il dit beaucoup de choses, il peine à développer une véritable
intrigue. Le film avance par introspection dans la vérité et le passé
des personnages davantage que par leurs actions. Cela fonctionne grâce à
une structure en flashbacks (alternance de scènes de l'enfance et de
l'adolescence avec le contemporain) réussie mais qui par contrecoup
donne une impression statique. En outre, peut-être à cause de son
abondance de personnages, il manque un peu de véracité et de profondeur
dans les rapports familiaux (entre Ramzi et Agnes Jaoui par exemple, on
ne sent particulièrement de complicité).
Mal vendu comme une comédie avec son affiche calquée sur tant de précédentes (celle de euh..
Pour mériter ça.. non
Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ? ou de
Il reste du jambon ?),
Je suis à vous tout de suite
ne déclenche pas des crises de rire. Quelques scènes font sourire par
l'incongruité ou l'absurdité des situations mais c'est on sent à chaque
instant, derrière la tendresse et la fausse légèreté apparente, le poids
d'un climat sociétal difficile, celui de la France de 2015 et de ses
banlieues.
