vendredi 12 février 2016

Je suis à vous tout de suite (2015)

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Je suis à vous tout de suite (2015)

Réalisé en par Baya Kasmi
Avec Vimala Pons , Ramzi, Agnes Jaoui, Bruno Podalydès, Christophe Paou, Zinedine Soualem, Carole Franck, Claudia Tagbo, Anémone, Camélia Jordana, Laurent Capelluto..

Co-scénariste du Nom des gens de Michel ­Leclerc (mais aussi d'Hippocrate et de La vie très privée de Monsieur Sim), Baya Kasmi creuse son sillon et met une nouvelle fois les pieds dans le plat. Ce film singulier est la meilleure réponse aux médisants qui prétendent ici et ailleurs que le cinéma français contemporain aurait moins de liberté et moins d'audace que celui d'hier et qu'il ne serait pas suffisamment ancré dans son époque.

A l'instar du superbe Nom des gens, Je suis à vous tout de suite est à la fois humaniste et gonflé. Baya Kasmi y dit beaucoup de choses sur une France minée par le communautarisme, l'individualisme et les préjugés, sur la crise identitaire, le sexisme, les cases dans lesquelles les gens veulent vous faire rentrer.

La famille Belkacem est le prétexte pour aborder ces sujets difficiles. C'est une famille très proche de l'une des deux familles du Nom des gens. Vimala Pons, par sa sexualité décomplexée et sa fraîcheur bien connu des cinéphiles maintenant, n'est pas très éloignée du personnage fantasque de Sara Forestier dans le film de Michel Leclerc. Forestier couchait avec des hommes pour les convaincre de voter à gauche, Vimala Pons couche pour les consoler de leurs tracas (DRH, elle passe à la casserole à chaque fois qu'elle doit licencier un employé). Ramzi reprend pratiquement à l'identique le personnage du père de famille serviable et d’une gentillesse excessive joué précédemment par Zinedine Soualem (ce dernier revient ici en gérant d'un magasin hallal dans une scène qui donne l'occasion de se moquer des excès ridicules de la pratique) tandis qu'Agnès Jaoui reprend celui de la mère gauchiste précédemment incarné par Carole Franck dans Le nom des gens. Tous ne sont pas là par hasard. Le cinéma de Leclerc et Kasmi s'inscrit dans la lignée de celui de Bacri/Jaoui : un cinéma qui ambitionne de dire des choses tout en restant drôle.
Le casting est riche de petits rôles savoureux. Claudia Tagbo en prostituée, Bruno Podalydès en employé licencié, Anémone en grand-mère fauchée qui fume des joints et tape sa fille et son petit-fils, Christophe Paou une nouvelle fois la bite à l'air en clin d’œil à L'inconnu du lac) ..

Un mot sur Ramzi qui, loin de ses pitreries habituelles avec Eric Judor, confirme après une tentative en 2011 (Des vents contraires de Jalil Lespert) qu'il a le potentiel pour jouer de beaux personnages dramatiques. Il n'a jamais été aussi touchant qu'ici, plein d'humanité et de tendresse. Ramzi, héritier insoupçonné de Bourvil ? La suite nous le dira.

Meh

Quelques réserves tout de même. Le film n'est pas tout à fait aussi abouti que son désormais illustre prédécesseur en dépit de son casting impeccable. S'il dit beaucoup de choses, il peine à développer une véritable intrigue. Le film avance par introspection dans la vérité et le passé des personnages davantage que par leurs actions. Cela fonctionne grâce à une structure en flashbacks (alternance de scènes de l'enfance et de l'adolescence avec le contemporain) réussie mais qui par contrecoup donne une impression statique. En outre, peut-être à cause de son abondance de personnages, il manque un peu de véracité et de profondeur dans les rapports familiaux (entre Ramzi et Agnes Jaoui par exemple, on ne sent particulièrement de complicité).

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Mal vendu comme une comédie avec son affiche calquée sur tant de précédentes (celle de euh.. Pour mériter ça.. non Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ? ou de Il reste du jambon ?), Je suis à vous tout de suite ne déclenche pas des crises de rire. Quelques scènes font sourire par l'incongruité ou l'absurdité des situations mais c'est on sent à chaque instant, derrière la tendresse et la fausse légèreté apparente, le poids d'un climat sociétal difficile, celui de la France de 2015 et de ses banlieues.

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